Objectifs du projet

L’objectif du projet ORSAT est triple.

Il vise premièrement à caractériser la vulnérabilité du système alimentaire des territoires français vis-à-vis de phénomènes de rupture – événement climatique extrême, renchérissement du coût des matières premières, rupture d’approvisionnement, crise économique ou énergétique, etc. – ou bien consécutives aux changements globaux (changement climatique, raréfaction des combustibles fossiles ou des engrais phosphatés, dégradation de la biodiversité, des sols ou des ressources en eau). Ces critères de vulnérabilité seront hiérarchisés en fonction de leur criticité – laquelle correspond, en analyse des risques, au produit de la gravité et de la probabilité d’occurrence du phénomène redouté.

Cette hiérarchisation permettra dans un deuxième temps d’identifier les voies de résilience des systèmes alimentaires, autrement dit de déterminer les critères favorisant leur capacité à recouvrer leurs fonctions suite à des perturbations.

Il s’agira enfin d’examiner les moyens matériels, financiers et organisationnels pouvant être mobilisés par les collectivités pour développer un système alimentaire territorial résilient. Les questions transversales de gouvernance, de mobilisation et de coordination des acteurs, de structuration des filières et d’anticipation des risques, seront étudiées à travers l’exemple de territoires déjà engagés dans des démarches de transition alimentaire, et réexaminées avec le cadre d’analyse général de la résilience. Les thématiques de l’économie circulaire (bouclage des cycles de nutriments) et de l’alimentation durable se situent également au cœur du projet ORSAT.

Notre travail conduira à l’élaboration d’un guide qui définit les grands objectifs d’un projet de résilience alimentaire locale et fournit une base méthodologique pour estimer les besoins essentiels d’une population, (ii) présente les moyens matériels, techniques et juridiques permettant d’y répondre en s’appuyant sur les pratiques et les expériences ayant déjà fait leurs preuves, (iii) détaille les freins, les obstacles, mais également les co-bénéfices que l’on peut tirer à entreprendre une telle démarche.

Ce guide n’a pas vocation à prescrire une marche à suivre unique ou un programme prêt à l’emploi. La viabilité d’un projet de résilience repose en effet sur sa prise en main et sa co-construction par l’ensemble des habitants et des acteurs locaux, en intégrant les atouts et les particularités du territoire : contexte climatique et pédologique, forme urbaine, infrastructures et services existants… Néanmoins, certains principes structurants doivent être impérativement pris en compte sous peine de rendre les efforts déployés inopérants. L’objectif de ce guide est d’expliciter ces principes et de détailler les moyens d’actions permettant à ceux qui le désirent de bâtir leur projet et de faciliter sa mise en œuvre.

Le guide faisant l’objet de notre travail fournira un cadre de
réflexion commun à partir duquel pourront se décliner des projets de
résilience alimentaire dans différents contextes locaux. La mise au
point d’un programme de résilience se complexifie avec la taille du
territoire et le nombre d’habitants concernés, car elle nécessite la
concertation d’un plus grand nombre d’acteurs. Les échelles communale et
intercommunale permettent à cet égard une meilleure appropriation du
projet par les citoyens et les élus. Des actions peuvent rapidement être
mises en œuvre (gestion du foncier, restauration collective…) avec des
effets à court terme encourageant la mobilisation. La méthodologie
développée et les outils présentés pourront sans difficulté être
mobilisés et déclinés à des échelles variées. Notons qu’un plan de
résilience alimentaire ne se conduit pas en opposition avec les
pratiques agricoles déjà existantes mais vient au contraire compléter le
système afin de le renforcer.

Une étude de cas concrète viendra illustrer le contenu du guide et
permettra d’en évaluer le réalisme, la cohérence et l’opérationnalité.
Il s’agira de prendre en compte l’ensemble des spécificités
géographiques et économiques d’un territoire pilote – la communauté
d’agglomération du Grand Angoulême – afin de bâtir un projet sur-mesure
et détaillé de résilience alimentaire locale (détaillé à l’échelle de la
commune de la Couronne). Ce programme inclura un cadrage général, un
plan d’actions, un calendrier de réalisation, une estimation financière,
et un système d’évaluation permettant de suivre sa bonne mise en œuvre
au cours du temps.

Engager une transition à l’échelle nationale

En favorisant la prise de conscience des risques systémiques encourus, et en inventoriant les moyens et outils à notre disposition pour y faire face, ce projet aspire à susciter l’engouement, et donc l’engagement, des citoyens et des élus. Il dresse le portrait d’une société désirable, émancipatrice, et invite à élargir la réflexion vers la recherche d’une résilience globale incluant l’énergie, la santé, l’habitat, l’éducation, etc.

Le guide pratique sera ainsi accompagné d’un manifeste visant à fédérer la société civile autour de ces enjeux, et appelant les candidats aux élections municipales de 2020 à inscrire un projet de résilience alimentaire dans leurs programmes politiques.



IV. Besoins des populations

Ce projet se structure autour de l’analyse de deux grands types de besoins : matériels et opérationnels.

Les besoins matériels correspondent aux fondements de la résilience du système alimentaire. Ils sont subordonnés à un ensemble de critères de résilience locale : autonomie, solidité et souplesse, fiabilité, redondance, adaptabilité ou encore complémentarité avec les territoires voisins. Ils doivent être clairement identifiés et quantifiés pour fixer des objectifs tangibles. Ils incluent entre autres :

  • la nourriture : besoins quantitatifs et qualitatifs, surfaces nécessaires par habitant, comparaison à l’existant, marge de sécurité, capacités de stockage ;
  • l’eau : besoins d’irrigation selon les cultures ;
  • les amendements et engrais : bilan de l’export en nutriments pour une parcelle en grande culture/prairie/maraîchage, taux de retour nécessaire pour conserver la fertilité du sol, déchets et effluents organiques urbains ;
  • les semences : quelle gestion de la diversité génétique ? Comment assurer la disponibilité en semences ?
  • les outils et machines : quels sont les indispensables, les besoins en termes d’innovation et de diffusion ? Quelle autonomie par rapport aux chaînes d’approvisionnement ?
  • l’énergie pour les exploitations : selon mécanisation ou traction animale, quelles surfaces nécessaires en biocarburants ou en fourrages ?
  • la logistique : quels moyens de transport ? Comment assurer les liaisons entre producteurs, transformateurs, consommateurs, qu’il s’agisse des flux allers (nourriture) ou retours (amendements et engrais).

Les besoins opérationnels correspondent quant à eux aux moyens pouvant être mobilisés par les acteurs d’un projet de résilience afin d’atteindre les objectifs fixés. Il s’agit par exemple de s’interroger sur les éléments suivants :

  • gestion du foncier : régies municipales, préemption, financement, gouvernance ;
  • ateliers paysans pour la création, la réparation, la mutualisation, la diffusion de nouveaux outils ;
  • réseaux collectifs de conservation et de sélection des semences, fermes spécialisées ;
  • agriculture urbaine et périurbaine pour limiter autant que possible les besoins de transport ;
  • système vélo pour maraîchage de proximité, rail, cours d’eau et route pour grandes cultures plus éloignées des consommateurs ;
  • économies d’échelles et/ou transformation à la ferme ;
  • formation, requalification et éducation.

V. Un projet multi-partenarial

La pluridisciplinarité du projet implique la collaboration de nombreux acteurs : laboratoires de recherche, associations, experts, etc. Félix Lallemand (docteur en écologie) et Arthur Grimonpont (ingénieur spécialisé en aménagement du territoire) assureront le pilotage et la coordination de ces différents acteurs, ainsi que la synthèse de l’ensemble des travaux et expertises sollicitées.

Les structures partenaires ayant à ce jour manifesté leur intérêt, listées par thème d’expertise, sont les suivantes :

  • approvisionnement alimentaire des villes : CESCO (Centre d’Ecologie et des sciences de la Conservation) ;
  • pratiques agronomiques et transition du système agricole : Solagro, Fédération Nationale des CIVAM ;
  • gestion des effluents organiques et cycles de nutriments en milieu urbain : LIED (Laboratoire Interdisciplinaire des Energies de Demain), OCAPI (Optimisation des cycles Carbone Azote Phosphore en Ville) ;
  • gestion du foncier : Terres de Lien ;
  • accompagnement institutionnel de la transition écologique : Fermes d’Avenir, The Shift Project, Humanité et Biodiversité ;
  • pédagogie de la transition : Centre d’Ecologie Urbaine de Bruxelles ;
  • territoire pilote : communauté d’agglomération du Grand Angoulême, et commune de la Couronne.

Plusieurs niveaux de participation au projet, éventuellement cumulables, sont proposés aux structures partenaires :

  • l’apport d’expertise, de conseils, ou de retours d’expérience sur un ou plusieurs sujet(s) clé(s), au moyen de travaux déjà réalisés ou conduits spécifiquement pour le projet Les Greniers d’Abondance ;
  • la relecture d’une ou plusieurs partie(s) du guide en vue de l’examen de la cohérence et de l’exactitude des informations prodiguées ;
  • la diffusion du guide et du manifeste au sein de leur réseau et auprès de leurs partenaires.

Le territoire pilote sur laquelle se fondera l’exemple concret du projet disposera d’un rôle consultatif quant à l’opérationnalité du guide. Le conseil d’agglomération et les équipes municipales conserveront la pleine maîtrise du programme, de l’agenda et du financement des actions proposées sur son territoire. Elles s’appuieront à cette fin autant que de nécessaire sur les recommandations issues du projet de recherche.

VI. Méthodologie indicative

Pour la première partie du guide – « définition des grands objectifs d’un projet de résilience alimentaire locale et base méthodologique pour estimer les besoins d’une population » : nous réaliserons une synthèse de la littérature scientifique et technique existante, puis établirons une base de données et construirons une méthodologie simple permettant d’estimer les besoins matériels évoqués ci-dessus et de diagnostiquer l’état existant sur un territoire.

Pour la deuxième partie du guide – « présentation des moyens matériels, techniques et juridiques permettant d’y répondre » : nous procéderons à un inventaire puis à une étude comparée des initiatives locales les plus prometteuses. Cela impliquera d’étudier des territoires français ou européennes pionniers en matière de résilience alimentaire, afin de recenser les bonnes pratiques et les éventuelles difficultés rencontrées. Nous conduirons également des entretiens auprès d’acteurs spécialisés dans les différents domaines opérationnels évoqués ci-dessus afin de constituer une « boite à outils » à laquelle citoyens et élus pourront se référer : gestion du foncier (SAFER, Terre de Liens), outillage et gestion technique des cultures (Solagro, Atelier Paysan, Fédération Nationale des CIVAM, Association Française d’Agroforesterie), semences (Réseau Semences Paysannes), déchets et effluents organiques (OCAPI, LIED), financement de la transition (Caisse des Dépôts et Consignations, la NEF), etc. Des travaux de prospective viendront compléter nos recherches lorsque des problématiques le nécessiteront : imaginer des systèmes de recyclage des déchets organiques urbains, des moyens logistiques alternatifs mobilisables en cas de perturbations…

Le suivi en temps réel d’un territoire (le Grand Angoulême) portant un programme de résilience alimentaire permettra par ailleurs d’affiner au fur et à mesure le contenu du guide, et d’en assurer la robustesse. Le Grand Angoulême, ainsi que d’autres territoires engagés en faveur d’une transition de leur système alimentaire, apporteront un regard critique permettant d’améliorer le caractère opérationnel du guide.

VII. Originalité du projet

Plusieurs caractéristiques confèrent à ce projet un caractère original et le distinguent des autres démarches engagées sur le thème de la transition alimentaire.

Premièrement, son positionnement explicite vis-à-vis des risques de ruptures. La plupart des scénarios et des initiatives de transitions écologiques adoptent une perspective « continuiste », prolongeant certaines tendances de fond pour dessiner le cadre de leurs actions. Non anticipé, n’importe quel choc majeur peut rendre caduque l’ensemble des efforts déployés. Les avertissements des scientifiques et des experts montrent chaque jour davantage que le risque de perturbation grave est trop important pour être négligé. Le principe de précaution est ainsi structurant dans l’élaboration du guide et lui assure cohérence et robustesse.

Deuxièmement, son approche systémique. La question de la transition alimentaire est souvent considérée sous le seul angle de la production agricole (bio vs conventionnel par exemple). Or l’approvisionnement quotidien en nourriture de notre société repose sur de nombreux autres facteurs : fourniture de matériel aux agriculteurs, transport, transformation et conservation des produits, gestion des déchets… Chacun d’eux est susceptible d’être affecté en cas de choc, menaçant alors l’ensemble du système. Ce projet s’attache à considérer tous les maillons du système alimentaire afin d’en assurer la résilience globale.

Troisièmement, son échelle intermédiaire et son caractère généralisable. La transition alimentaire est un sujet socialement important qui suscite des actions à tous les niveaux : État (états-généraux de l’alimentation), régions (PAT), collectifs citoyens (AMAP, Incroyables Comestibles, jardins partagés). Ce projet s’intéresse particulièrement aux intercommunalités, et à leurs élus, car nous estimons qu’il y a là un levier fort mais négligé pour engager une transition vers plus de résilience avec un potentiel de diffusion rapide à d’autres territoires.

  1. GIEC (2014). Changements Climatiques 2014 : Rapport de synthèse. Genève, Suisse, 151 pp. https://ipcc.ch/report/ar5/syr/index_fr.shtml
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  3. Turner G. (2014). Is global collapse imminent? An updated comparison of The Limits to Growth with historical data. MSSI Research Paper No.4, Melbourne Sustainable Society Institute, The University of Melbourne, 21 pp. http://sustainable.unimelb.edu.au/sites/default/files/docs/MSSI-ResearchPaper-4_Turner_2014.pdf
  4. Steffen W., et al. (2015). Planetary boundaries: Guiding human development on a changing planet. Science 347 (6223). http://science.sciencemag.org/content/347/6223/1259855
  5. Ripple W.J., et al. (2017). World Scientists’ Warning to Humanity: A Second Notice. BioScience 67 (12), pp. 1026-1028. https://academic.oup.com/bioscience/article/67/12/1026/4605229
  6. Turner G., op. cit.
  7. Aykut S., Dahan A. (2015). Gouverner le climat ? Vingt ans de négociations internationales. Presses de Sciences Po, 752 pp.
  8. Semal L. (2017). Une mosaïque de transitions en catastrophe. Réflexions sur les marges de manœuvre décroissantes de la transition écologique. La Pensée Écologique 1 (1), Presses Universitaires de France. https://lapenseeecologique.com/une-mosaique-de-transitions-en-catastrophe-reflexions-sur-les-marges-de-manoeuvre-decroissantes-de-la-transition-ecologique/
  9. United Nations, Department of Economic and Social Affairs (2017). World Population Prospects – The 2017 Revision. 46 pp.
  10. Lelieveld J., et al. (2016). Strongly increasing heat extremes in the Middle East and North Africa (MENA) in the 21st century. Climatic Change 137, pp. 245-260. https://link.springer.com/article/10.1007/s10584-016-1665-6
  11. Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (2018). Baromètre IRSN 2018 – La perception des risques et de la sécurité par les Français. https://www.irsn.fr/FR/IRSN/Publications/barometre/Documents/IRSN_Barometre2018-essentiels.pdf
  12. Semal L. (2012). Militer à l’ombre des catastrophes. Contribution à une théorie politique environnementale au prisme des mobilisations de la décroissance et de la transition. Thèse de doctorat en science politique, Université du Droit et de la Santé Lille 2.
  13. Walker B., Holling C.S., et al. (2004) “Resilience, adaptability and transformability in social-ecological systems”, Ecology and Society, 9(2).
  14. Sinaï A., Stevens R., Carton H., Servigne P. (2015). Petit traité de résilience locale. Éditions Charles Léopold Mayer, 120 pp.
  15. IFPRI (2014). Conférence internationale “Building Resilience for Food and Nutrition Security”.
  16. Zseleczky L., Yosef S. (2014). Are shocks actually on the rise? A selective review of five types of shocks. 2020 Conference briefs 5, International Food Policy Research Institute (IFPRI). https://ideas.repec.org/p/fpr/2020cb/5.html
  17. Servigne P. (2017). Nourrir l’Europe en temps de crise. Vers des systèmes alimentaires résilients. Babel (Actes Sud), 208 pp.
  18. Steel C. (2016). Ville affamée. Comment l’alimentation façonne nos vies. Rue de l’échiquier, 447 pp.
  19. Voir à ce propos l’exemple des grèves ayant touché le Royaume-Uni en septembre 2000. https://en.wikipedia.org/wiki/Fuel_protests_in_the_United_Kingdom
  20. Servigne P., op. cit.
  21. CGAAER (2017). Eau, agriculture et changement climatique : statu quo ou anticipation ? Rapport du Conseil Général de l’Alimentation, de l’Agriculture et des Espaces Ruraux, 66 pp. http://agriculture.gouv.fr/sites/minagri/files/cgaaer_16072_2017_rapport.pdf
  22. Hopkins R. (2010). Manuel de transition, de la dépendance au pétrole à la résilience locale. Écosociété, 216 pp.
  23. http://www.entransition.fr/
  24. Loi MAPTAM : loi du 27 janvier 2014 de modernisation de l’action publique territoriale et d’affirmation des métropoles

    Loi NOTRe : loi du 7 août 2015 portant nouvelle organisation territoriale de la République

    EPCI : établissement public de coopération intercommunale

    SCOT : schéma de cohérence territoriale

    PLUi : plan local d’urbanisme intercommunal

    PCAET : plan climat-air-énergie territorial

    GEMAPI : gestion des milieux aquatiques et prévention des inondations

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