Définition de la résilience

« Un vent violent ayant soufflé, le roseau, qui était secoué et ployait sous la tempête,
se tira d’affaire facilement.
L’olivier au contraire, qui s’était raidi contre le vent,
fut brisé brutalement. »

 

Esope, Le Roseau et l’Olivier, 600 ans avant J.-C (oui, bien avant La Fontaine)

Origines du concept de résilience

Si le terme de résilience est très en vogue ces dernières années, notamment dans la communication politique et institutionnelle, il ne fait que remettre à la mode un concept probablement aussi vieux que le langage : celui de l’adaptation des systèmes. N’importe quel groupe humain se souciant de sa survie dans un environnement hostile cherche à être « résilient ». La résilience est ainsi perçue depuis longtemps comme une qualité essentielle aux organisations humaines pour persévérer dans le temps.

La devise de Paris, inscrite sur son blason depuis le 14ème siècle et rendue officielle par un arrêté du baron Haussmann en 1853, annonce la couleur : « il est battu par les flots, mais ne sombre pas ».

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Blason de la ville de Paris, figurant sa devise Fluctuat Nec Mergitur

Définitions de la résilience

De nombreux domaines des sciences ont décliné ce concept et en ont proposé leur propre définition. En sciences physiques, la résilience désigne la capacité d’un matériau à retrouver son état initial après avoir été soumis à une perturbation extérieure : choc, déformation, élévation en température… En écologie, la résilience est la capacité d’un système vivant à retrouver les structures et les fonctions de son état de référence après une perturbation.[1]

Le concept s’est progressivement étendu à la psychologie et aux sciences sociales pour désigner l’aptitude d’un individu ou d’une société humaine à maintenir ses fonctions essentielles lorsque son environnement subit une altération.

Mais pourquoi tout le monde n’a que ce mot à la bouche ?

Le basculement du système Terre dans l’anthropocène, qui résulte d’une formidable accélération de la pression exercée par le sociétés industrialisées sur l’environnement, fragilise les grands équilibres sur lesquels se sont bâties nos sociétés modernes : un climat stable, des ressources naturelles abondantes, et une capacité des écosystèmes à absorber nos pollutions perçue comme inaltérable.[2]

Le développement durable n’aura pas duré

L’écologue et agronome Vincent Bretagnole, dans un épisode de La Série Documentaire (LSD, France Culture) consacré à l’anthropocène, résume ainsi la situation[3] :

« Dans les années 70, on pouvait parler de ‘’développement durable’’ parce qu’on avait le temps et les ressources nécessaires. On a quitté cette problématique : on a déjà utilisé une grosse partie des énergies disponibles sur la planète, on arrive en limite d’utilisation des terres, on est en train de sortir de l’enveloppe climatique qui a permis à l’homme des sociétés modernes, agricoles puis industrielles, de s’épanouir […]. On va changer de système. La question qui se pose aujourd’hui aux sociétés humaines et aux écosystèmes est celle de la résilience : comment ces socio-écosystèmes vont-ils pouvoir absorber les chocs qui s’annoncent […] et avoir la capacité de s’adapter, voire de se transformer tout en maintenant leurs fonctions vitales. »

Ainsi l’explosion des menaces incite-t-elle de nombreuses organisations (collectivités gouvernements, institutions supranationales) à placer la résilience au cœur de leur stratégie[4]. Parfois surtout au cœur de leur stratégie de communication. Pour rendre le concept opérationnel, il est nécessaire de l’adosser à quelques critères tangibles.

Résilience du système alimentaire

Le projet ORSAT s’intéresse à la résilience du système alimentaire. Celle-ci a été définie comme la capacité d’un système alimentaire et de ses différents éléments constitutifs à assurer la disponibilité d’une nourriture adaptée, accessible et en quantité suffisante pour tous, dans un contexte de perturbations variées et imprévisibles.[5]

Résilient face à quoi ?

Le roseau de la fable a beau jeu de résister au vent. Face à la sécheresse, il aura tôt fait de dépérir quand l’olivier continuera à puiser dans la nappe sans ciller. Il n’existe pas de critère « absolu » de résilience. Une espèce animale ou végétale est adaptée à son milieu et à une certaine plage de variation des conditions extérieures : il en va de même d’un écosystème ou d’une société humaine.

Pour déterminer des critères de résilience des systèmes alimentaires, il faut donc évaluer leurs réactions face aux différents types de perturbations qui affectent leur environnement, et comprendre quelles caractéristiques permettent de limiter les anomalies de fonctionnement ou d’assurer un fonctionnement dégradé minimum.

 Il est utile de se référer à cette fin :

  • à des exemples historiques de systèmes confrontés à une perturbation de leur environnement ;
  • aux réactions de systèmes existants dans les régions en crise ;
  • aux critères théoriques de résilience des systèmes

Notes et références

  1. Holling, C. S. « Resilience and Stability of Ecological Systems », Annual Review of Ecology and Systematics,‎ 8 janvier 2013
  2. La tradition économique occidentale n’accordait aucune (et n’accorde encore que très peu) d’importance à ces équilibres, pourtant indispensables à notre développement.
  3. https://www.franceculture.fr/emissions/lsd-la-serie-documentaire/bienvenue-dans-lanthropocene-24-lecologie-ou-la-mort
  4. Voir par exemple :L’ONU : http://www.un.org/fr/climatechange/disasters-resilience-land-management.shtml

    Un réseau mondial de villes : https://www.100resilientcities.org/strategies/paris/

    Paris : https://www.paris.fr/parisresilient

  5. Tendall, D. M., Joerin, J., Kopainsky, B., Edwards, P., Shreck, A., Le, Q. B., Six, J. (2015). Food system resilience: Defining the concept. Global Food Security, 6, 17-23.

2 commentaires sur “Définition de la résilience”

  1. Bonjour, je viens de découvrir votre site et je n’y est pas encore trouvé les problématiques liées à l’altitude (1400 m). Merci d’avance pour votre aide.

    1. Bonjour, nous ne pouvons malheureusement pas faire de distinctions suivant la variété des climats et des géographies ! Nous cherchons à produire une grille d’analyse suffisamment transversale pour être utilisée dans des contextes très différents.
      Bien à vous,
      Arthur Grimonpont

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