billet d'humeur

Chaque automne, c'est l'abondance ...

humeur de novembre 2019

Bonjour à toutes et à tous !

Cette lettre est placée sous le signe de l’abondance frugale. C’est un grand bien à notre avis que de se suffire à soi-même, non qu’il faille toujours vivre de peu, mais afin que si l’abondance nous manque, nous sachions nous contenter du peu que nous aurons (Épicure, c’est comme la confiture).

Chaque automne, c’est l’abondance…

…de grosse pluie froide. Pour le bonheur de toute l’hydrosphère et de la biosphère, hormis – une fois n’est pas coutume – quelques homo sapiens revêches.

Mais où peut donc bien aller toute cette flotte ?!

Cette question séculaire a désormais trouvé réponse, grâce au travail méticuleux du géographe Robert Scuzc. Il s’agit de la première représentation graphique très visuelle des bassins hydrogéographiques européens.

Trop chaud, trop froid, trop ci, trop ça

Pour se plaindre, il y a du monde. Subitement, ça semble aller beaucoup mieux quand il suffit de se baisser pour manger. Car en plus d’eau, l’automne fait pleuvoir sur nous une cascade de produits goûteux et peu dispendieux.

A en croire le traité médical médiéval Tacuinum Sanitatis, les châtaignes « conviennent aux tempéraments chauds, en hiver et dans les régions froides ». Attention cependant : elles nuiraient « au cerveau et à l’estomac à cause des flatulences ».

Pas fous, nos ancêtres ne se faisaient pas prier pour arpenter les bois. A bien des égards, on préférait le glanage de glands au labeur du labour. Ainsi la récolte des châtaignes égayait-elle toute famine digne de ce nom.

« Que celui qui ne travaille pas ne mange pas. » Saint Paul (2, Th 3 :10)

Mais la messe était dite.
 
Ceux qui mangeaient grâce au travail des autres préféraient que ces autres continuassent de travailler. Ils ordonnèrent l’arrachage de milliers d’hectares de châtaigniers au pays des lumières.

Promenons-nous dans les bois.

Avez-vous jamais croisé tant d’hypholomes en touffe ? De clitocybes nébuleux ? Croyant rêver, on se penche pour ramasser, quand notre regard est aussitôt détourné par de véritables petits paniers garnis de perles d’ivoires.

Crucibulles lisses. Crédit : John Navajo ©, Shutterstock

Traitez-nous de menteurs, mais après nous être emplis les poches de laccaires améthyste sur une mousse émeraude, voilà que nous tombons nez à nez sur un récif de corail.

Clavaire dorée (Ramaria aurea). Crédit : Christian ©, hautesavoiephotos.com

En plus de ces trésors, la forêt nous laisse glaner quelques précieux témoignages.

« L’apparition soudaine de conditions fraiches et humides sur un sol encore tiède favorise le développement de l’appareil ectomycorhizien. La croissance du mycélium s’accompagne de la levée soudaine de l’appareil reproducteur du champignon : le sporophore ! C’est ce dernier que vous prenez tant de plaisir à vous mettre sous la dent. » (Pr. Marc-André, mycologue, accompagnant un groupe d’étudiants en master de biologie).
 
Ricanant, les élèves reprennent leurs recherches, et nous notre chemin.

Loin de toute âme qui vive, au détour d’un tapis de trompettes de la mort, un effluve appétissant intrigue nos papilles. En lisière de bois, un épais fumet de fricassée au beurre aillé s’échappe de la portière ouverte d’un camping-car. Sur le seuil, un homme imposant – en maillot de corps malgré les 6°C – bat une omelette d’au bas mot 18 œufs. « Faut être franc, ça piffait le champignol à des lieues. Quand la saison démarre, te casse pas la tête : tu sors du plumard, tu prends ton coupelard et tu sautes dans le cametard ! » (Jibé du 51).
 
Après nous être faits cordialement (et copieusement) servir l’apéritif, il est temps de rentrer se mettre au chaud et aux fourneaux !